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La solitude du dirigeant : entre mythe du héros et nécessité d’un cercle de confiance

Diriger seul, c'est risqué. savoir s'entourer, c'est stratégique

Quand j’ai été nommé Directeur Général de Honda France à 32 ans, j’ai ressenti une fierté immense… suivie de près par un sentiment d’isolement radical. Il y avait la reconnaissance, les responsabilités, la confiance placée en moi. Mais aussi, très vite, cette pression silencieuse, cette impression que je n’avais plus le droit de douter. Plus le droit à l’erreur. Plus le droit de montrer la moindre faille.

Ce que je n’avais pas encore compris à l’époque — ce que j’ai appris ensuite, parfois douloureusement —, c’est que le plus grand danger d’un dirigeant, ce n’est pas l’adversité. C’est l’isolement.


🚪 Quand la porte du bureau se referme

Les dirigeants que j’accompagne aujourd’hui me disent souvent cette même phrase, presque mot pour mot :

“Je suis entouré, mais je me sens seul.”

Et ce n’est pas une impression passagère. La solitude du dirigeant est un phénomène reconnu et largement documenté. Une étude de Harvard Business Review révélait déjà en 2012 que la moitié des dirigeants se sentent seuls, et que pour 61 % d’entre eux, cela affecte négativement leur performance.

Ce phénomène est d’autant plus dangereux qu’il est invisible. Qui va oser dire :

“Je ne sais pas.”

“Je suis dépassé.”

“J’ai peur de ne plus être à la hauteur.”

Quand vous êtes perçu comme celui ou celle qui tient la barre, la moindre hésitation peut être interprétée comme un naufrage annoncé. Alors, on garde pour soi. On se blinde. On encaisse. Jusqu’au jour où cela ne suffit plus.


🎖️ Ce que m’a appris Honda : la solitude n’est pas un signe de faiblesse

À 32 ans, propulsé à la tête d’une filiale d’un grand groupe mondial, je voulais incarner le leadership fort, inspirant, inébranlable. Mais ce que j’ai vite appris, c’est que diriger, ce n’est pas tout faire seul. Et encore moins tout porter seul.

Dans les premiers mois, j’ai pris des décisions difficiles sans les partager. J’ai voulu gérer les tensions sans en parler. J’ai mis des masques, tout en essayant de rester sincère. Et à force de ne pas dire, on finit par ne plus savoir à qui parler.

J’ai compris alors l’importance de m’entourer d’un cercle de confiance. Pas de flatteurs, pas de donneurs de leçons. Des gens capables de m’aider à prendre du recul, à voir clair, à confronter mes croyances, à me rappeler que je n’étais pas seul – même si je restais seul à décider.


🧭 Ce que font les chefs militaires… que les dirigeants oublient souvent

Dans l’armée, cette solitude du commandement est connue, anticipée, préparée.

Les chefs d’état-major, les officiers en opération, les généraux sous pression extrême… ils ne sont jamais vraiment seuls. Ils s’appuient sur des rituels de recul, des binômes critiques, un cercle stratégique de confiance.

Charles de Gaulle en 1940 n’était pas isolé par choix. Mais il a su s’entourer d’alliés, de conseillers, de relais. Le général Eisenhower, lors du Débarquement, ne prenait aucune décision majeure sans concertation interalliée.

Et aujourd’hui, les armées modernes pratiquent ce qu’on appelle le “commandement collaboratif” :

  • écoute du terrain,

  • confrontation des options,

  • décisions partagées avec des experts transverses (renseignement, logistique, cyber, diplomatie…).


👥 Entreprendre ne devrait jamais être un sport individuel

En entreprise, on valorise souvent le mythe du fondateur seul contre tous, du dirigeant visionnaire qui tient bon contre vents et marées. Mais dans un monde de complexité croissante, décider seul devient un facteur de risque, pas de solidité.

Les dirigeants qui réussissent durablement sont ceux qui savent :

  • créer des espaces d’écoute sans enjeu politique ;

  • accepter de se faire challenger par un mentor ou un pair ;

  • poser leurs doutes, leurs angles morts, leurs émotions aussi.

Dans mon métier actuel de mentor de dirigeants, je vois chaque jour des femmes et des hommes retrouver de l’élan, non pas parce qu’on leur donne des réponses… mais parce qu’on leur permet enfin de poser les bonnes questions. Sans jugement. Sans pression. Sans jeu de rôle.


🛠️ Comment sortir de cette solitude ? Quelques pistes concrètes

  • Rejoindre un cercle de pairs (comme Carbao que je développe à Toulouse) pour partager sans enjeu de posture.

  • Se faire accompagner par un mentor : pas un coach, pas un psy, un pair expérimenté qui sait ce que c’est que de décider sous pression.

  • Créer un temps de recul régulier : un moment où on ne gère pas… on réfléchit.

  • Institutionnaliser le feedback sincère dans ses équipes, même (et surtout) quand on est en haut de la pyramide.

  • Écrire. Relire. Relier. Tenir un journal de bord permet de déposer les pensées, de clarifier ses tensions internes, de tracer ses lignes de force.


✊ Ne plus être seul, c’est un acte de leadership

Ce n’est pas un luxe. Ce n’est pas une faiblesse.

C’est une nécessité vitale pour durer, pour bien décider, pour rester soi-même au milieu de la tempête.

Alors si tu es dirigeant, entrepreneur, fondateur, ou en train de le devenir, retiens une chose :

Tu peux avoir toutes les compétences du monde.

Mais si tu restes seul… tu finiras par t’éteindre.

Savoir s’entourer, c’est décider d’avancer avec lucidité, avec humanité, et avec force.


🧭 Et toi, qui est ton cercle de confiance aujourd’hui ?

Si tu n’as pas encore cette boussole autour de toi, je peux t’aider à la construire.

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